LATIFUNDIA


LATIFUNDIA
LATIFUNDIA

Le nom de latifundium , grand domaine, avait été donné à Rome à toute concentration, dans les mêmes mains, d’une superficie de terres excédant celle qu’une famille paysanne pouvait normalement cultiver. La multiplication de ces grands domaines avait été longtemps considérée comme un péril pour la cité romaine, parce qu’elle s’opérait au détriment des paysans libres dont l’âpreté conquérante et les vertus militaires avaient assuré à Rome la domination du monde antique: «Les latifundia ont perdu l’Italie», avait écrit Pline l’Ancien, et le nom de latifundium avait ainsi revêtu, à Rome, une coloration péjorative.

C’est avec une implication plus nettement péjorative encore que le nom de latifundium est à nouveau utilisé aujourd’hui; mais, alors que les mérites d’une structure agraire tendent à être appréciés d’après son aptitude à favoriser une haute productivité plutôt qu’à permettre l’entretien d’une classe très nombreuse d’agriculteurs indépendants, le nom de latifundia ne devrait être appliqué qu’à ceux des grands domaines estimés économiquement improductifs ou socialement nuisibles: «grands domaines exploités par des méthodes archaïques et partiellement exploités» est la définition donnée par le Séminaire sur les problèmes de tenure et d’utilisation de la terre , réuni à Rio en 1953.

L’application du terme de latifundium comporte ainsi un jugement de valeur et implique qu’il s’agit d’une structure agraire nuisible qui doit être réformée; réforme agraire et latifundia sont de la sorte deux notions étroitement solidaires.

1. Les latifundia romains

Multiplication progressive

Tandis que, dans la période républicaine (dès l’an 500 av. notre ère) et longtemps sous le principat (29 av. J.-C. 96 apr. J.-C.), la société romaine s’efforçait de préserver les petites exploitations indépendantes, les transformations, qui résultaient inévitablement de la conquête, tendaient à provoquer la décadence de la classe paysanne dans une métropole impériale dont les activités administratives, commerciales et financières devenaient prépondérantes. Tout contribuait à la formation de latifundia: les paysans libres, décimés par les guerres et accablés de lourds impôts fonciers, étaient tentés d’émigrer vers la ville, où les gouvernants s’appliquaient à satisfaire, par leurs largesses, une plèbe dont la concentration urbaine rendait la colère dangereuse; les fortunes, qui se constituaient dans la finance, le commerce et l’administration des provinces, permettaient aux capitalistes urbains d’acquérir les terres désertées par les paysans libres, et leur puissance politique leur permettait de se faire attribuer de larges concessions sur le domaine public; enfin, la main d’œuvre servile, multipliée par les conquêtes, donnait aux grands propriétaires absentéistes le moyen d’assurer l’exploitation des latifundia.

Pendant que s’opérait ainsi la mutation d’une communauté paysanne en métropole «tertiaire», les conflits étaient incessants entre la plèbe paysanne et les privilégiés au sujet de l’utilisation de l’ager publicus , domaine public qu’enrichissaient sans cesse les conquêtes et les confiscations. Un conflit particulièrement violent avait éclaté au IIe siècle avant J.-C., lorsque Tiberius Gracchus avait voulu restaurer la vieille loi qui interdisait à un propriétaire de posséder plus de 500 jugères (125 ha env.). Mais les efforts, qui n’avaient jamais complètement cessé, pour limiter la concentration de la propriété de la terre étaient voués à l’échec: au IIe siècle de notre ère, historiens et moralistes ne pouvaient déjà plus que déplorer une évolution qui avait tranché en faveur des latifundia le conflit entre les diverses modalités de structure agraire.

Avènement des structures féodales

Tandis que la prépondérance des latifundia s’affirmait de plus en plus complètement au Bas-Empire (autour du IIe s.), l’isolement, les invasions, l’insécurité générale, qui accompagnaient la décadence romaine, transformaient la notion même de propriété dans son application à la terre, ainsi que la structure et la fonction du grand domaine. Une partie des attributions de la puissance publique ne pouvait plus être exercée au niveau impérial et se trouvait transférée à la charge du grand propriétaire; l’exploitation directe était rendue difficile par la régression de l’esclavage et peu rémunératrice à cause de l’isolement qui imposait une économie de subsistance, si bien que le propriétaire du grand domaine était conduit à le subdiviser en petites exploitations familiales, en échange d’une partie de la récolte ou de corvées sur la terre demeurée en exploitation directe; de petits propriétaires qui, en raison de l’insécurité, ne pouvaient rester indépendants avaient intérêt à renoncer à la pleine propriété et à placer leurs biens et leur personne sous la protection du grand propriétaire. Les paysans devenaient ainsi des sujets et les grands propriétaires des seigneurs.

Pendant que se préparait ainsi l’avènement des structures féodales, on assista à une décomposition de la notion romaine de propriété: au grand domaine étaient rattachées les fonctions politiques et sociales, tandis que la petite tenure familiale qui lui était subordonnée remplissait les fonctions de production agricole. Sur une même terre coexistaient le domaine éminent d’un grand propriétaire et le domaine utile d’un tenancier. Lorsque la pleine propriété de la terre subsistait, elle devenait, sous le nom d’alleu (propriété héréditaire dispensée de la redevance), un état de choses aberrant dans un régime où la règle était «nulle terre sans seigneur». Les conflits agraires n’avaient certes pas disparu, mais ils prenaient la forme d’une lutte séculaire des tenanciers pour vider de sa substance le domaine éminent du seigneur au profit du domaine utile de l’exploitant. La réapparition, aux XIXe et XXe siècles, de problèmes agraires liés à l’existence de latifundia est très généralement fonction de l’issue historique de cette lutte.

2. Survivance des latifundia

La persistance de la monopolisation d’une grande partie des terres par des latifundia a été au XIXe siècle, et reste localement au XXe siècle, le fait de sociétés dans lesquelles le retard du développement économique et l’isolement, en même temps qu’ils perpétuent une économie de subsistance au niveau des grands domaines, contraignent à abandonner à leurs propriétaires une partie des fonctions politiques et sociales qui sont celles de l’État dans les pays développés. Les latifundia y sont le legs de structures féodales d’origine médiévale ou de structures analogues, plus tardivement établies et plus longtemps conservées par de vieilles colonisations, comme ce fut le cas en Amérique latine.

Il n’existe donc pas de latifundia, au sens propre du mot, dans les pays de peuplement récent, Canada ou Australie par exemple, même si l’on y rencontre de grands domaines. Tout au plus, la décomposition de la plantation esclavagiste, devenue improductive après l’abolition de l’esclavage, a-t-elle laissé des survivances locales de latifundium dans le sud des États-Unis. Nulle part, cependant, la prépondérance des grands domaines n’est plus marquée que dans certains de ces pays neufs: en Australie (1947-1948), les domaines de plus de 40 000 ha occupaient 58,6 p. 100 des terres exploitées. Mais ces grands domaines, aussi productifs que le permet un élevage ou une agriculture extensive imposée par la conjoncture géographique et économique, ne sont pas des latifundia et ne suscitent aucun jugement défavorable dans un pays où les agriculteurs ne constituent pas plus de 13 p. 100 de la population active.

En Afrique

Le latifundium a peu de place en Afrique: les grands domaines, que la colonisation y avait établis et qui étaient les plus productifs, n’étaient pas des latifundia et ils n’ont pas survécu à la décolonisation; ceux que des survivances féodales avaient légués à l’Afrique du Nord arabisée ont été l’objet de réformes agraires après 1950 et n’ont laissé quelques traces qu’au Maroc. Les structures agraires communautaires ayant largement survécu au sud du Sahara, le problème agraire n’y est pas un problème de latifundium, mais consiste à faire sortir «l’économie indigène de son immobilisme séculaire et à organiser les milieux agricoles coutumiers» (cf. l’étude des Nations unies: Progrès de la réforme agraire ).

En Europe de l’Ouest

Les latifundia n’ont plus que très peu de place en Europe de l’Ouest, en dépit de la longue période féodale qu’elle a traversée. La décomposition du régime féodal avait tendu à s’opérer au profit du domaine utile du tenancier sur son exploitation et les survivances du domaine éminent qui pouvaient persister avaient été abolies à la fin du XIXe ou au début du XXe siècle; l’autorité de l’État y était partout établie sans conteste et la révolution de la productivité agricole, commencée en Angleterre au XVIIIe siècle, y était presque partout généralisée au XXe siècle. Le legs gênant du régime féodal est bien plutôt, dans l’Europe de l’Ouest, celui du trop petit domaine que celui du latifundium, il y a été accentué par les partages successoraux et seule l’Angleterre a échappé à un excessif morcellement des exploitations, qui entrave la mise en œuvre des méthodes modernes d’agriculture.

L’exemple le plus extrême de ce morcellement est offert par la Norvège, où les exploitations de moins de 20 ha couvraient en 1949 presque 85 p. 100 de la superficie exploitée, et celles de plus de 100 ha moins de 0,5 p. 100. Seuls quelques latifundia improductifs persistent en Espagne et dans le sud de l’Italie; dans ce dernier pays, des réformes agraires achèvent de les faire disparaître. De façon générale, les réformes agraires poursuivies dans l’Europe de l’Ouest ont pour objet le remembrement des exploitations trop petites et non le démembrement des trop grandes.

En Europe de l’Est

De très grands domaines subsistaient en revanche, au début du XXe siècle, en Europe de l’Est et en Europe centrale; beaucoup d’entre eux n’étaient certes pas des latifundia, car il permettaient d’introduire l’agriculture moderne; mais, en dépit de leur productivité, la monopolisation de la terre, sur laquelle ils reposaient, était jugée socialement nuisible et soulevait des ressentiments là où de fortes pressions démographiques s’exerçaient dans l’agriculture.

En Russie, où les structures féodales survivaient presque intactes au milieu du XIXe siècle, la suppression du servage par Alexandre II, en 1861, fut accompagnée d’une grande réforme agraire, qui attribua, sous la forme communautaire du mir , la propriété de la terre aux serfs émancipés. Mais, en 1913, les grands domaines n’en occupaient pas moins encore 56 p. 100 de la terre, pour une grande part, il est vrai, dans les régions forestières. Dès 1917, la révolution communiste a aboli toute propriété de la terre et a, depuis lors, progressivement restreint à l’extrême l’exploitation individuelle.

Entre 1919 et 1930, à la suite de la Première Guerre mondiale, des réformes agraires partielles avaient réduit la part des grands domaines en Pologne, en Hongrie, en Finlande, en Tchécoslovaquie, en Yougoslavie; les régimes communistes de ces pays ont achevé d’éliminer tous les grands domaines privés, soit au profit de grandes exploitations collectives, soit, comme en Pologne et en Yougoslavie, au profit de petites exploitations familiales.

En Asie

En Asie, les structures agraires présentaient, encore en 1950, de grandes différences régionales. Au sens strict du mot, les latifundia subsistaient dans le Proche et le Moyen-Orient en même temps que des structures féodales, en Syrie, en Irak, localement au Liban, en Turquie, en Iran; depuis lors, des réformes agraires ont été entreprises dans ces pays. Elles sont déjà très avancées en Syrie et en Irak; en Turquie, où, en 1940, on avait seulement enregistré 418 domaines de plus de 500 ha, les réformes, entreprises à partir de 1945, eurent pour but la modernisation de l’agriculture et l’élimination du métayage comme méthode d’amodiation plutôt que le démembrement de domaines. L’Iran avait conservé presque intactes, jusque dans les années 1960, des structures féodales dans lesquelles la domination des villages était confiée à quelques grands propriétaires; le ch h s’efforça, à partir de 1962, d’imposer une réforme qui est encore loin, dans les années 1990, de donner des terres à tous, mais qui a suscité l’émergence d’une classe moyenne active.

En Extrême-Orient, où une forte pression démographique s’exerce généralement dans l’agriculture, les problèmes agraires provenaient moins de l’existence de très grands domaines que d’une rareté de la terre qui permettait aux propriétaires, sans qu’ils fussent nécessairement de grands propriétaires, d’imposer des conditions draconiennes à leurs tenanciers. La nationalisation de la terre opérée dans les pays communistes a éliminé toute trace de latifundia; les réformes qui ont été entreprises en Inde et au Pakistan ont pour objet moins de morceler des latifundia que de modérer les exigences des propriétaires, ou des intermédiaires – les zémindars , qui s’interposent entre eux et les tenanciers –, et de réprimer les pratiques usuaires, dont les tenanciers trop pauvres sont victimes.

Il subsiste de très grands domaines dans une partie de l’Asie du Sud-Est, mais ils y ont le caractère de plantations productives plutôt que de latifundia.

3. Les latifundios latino-américains

Au XXe siècle, le domaine par excellence des latifundia est l’Amérique latine, si bien que le mot espagnol latifundio tend de plus en plus à être employé pour désigner cette structure agraire.

Dans le cadre de la colonisation

La colonisation ibérique, dont les fondements avaient été posés au XVIe siècle par les conquérants, avait établi des structures typiquement féodales; les maîtres d’immenses domaines exerçaient une autorité personnelle sur des indigènes dont le système de l’encomienda leur avait confié l’évangélisation et la protection, en même temps que le droit de les faire travailler à leur profit; plus complète encore était l’autorité du grand propriétaire dans les régions où, à défaut de main-d’œuvre indigène, on avait recours à l’esclavage africain. Cette structure avait été perpétuée et généralisée au XIXe siècle par l’indépendance, acquise par les colonisateurs et non par les colonisés: de vastes domaines furent concédés dans les régions encore inexploitées, et le rythme des usurpations pratiquées par les propriétés de latifundios à l’encontre des propriétés communautaires précolombiennes (ayllus péruviens ou ejidos mexicains, que la couronne espagnole et certains ordres religieux s’étaient efforcés de préserver) s’accéléra.

Très tôt, durant la période coloniale, les indigènes avaient été émancipés et, plus tard, après l’indépendance, les esclaves africains le furent aussi; mais des rapports de dépendance et des modes d’exploitation archaïque persistaient sur les latifundios . L’absence de moyens de communications imposait très généralement une économie fermée dans le cadre du grand domaine: la densité du peuplement, qui, pour l’ensemble du territoire, excédait à peine 3 hab. au km2 en 1900, entraînait en fait une sous-exploitation du grand domaine et un gaspillage de terre; l’isolement laissait à la charge et au pouvoir du maître du grand domaine des fonctions politiques et sociales qui faisaient toujours de lui un seigneur. Localement, il est vrai, en Argentine, au Brésil, à Cuba, en Amérique centrale, au Pérou et en Équateur dans les régions côtières, de grands domaines modernes sont exploités de façon intensive pour la production de sucre, du café ou des fruits et, parfois pour l’élevage; bien qu’ils ne méritent pas le nom de latifundios autrement que par leurs dimensions, à l’heure des réformes agraires, on tend à les confondre dans la même condamnation.

Monopolisation de la terre

Un seul des vingt pays latino-américains indépendants, Haïti, ne connaît plus de latifundios depuis longtemps; les structures coloniales y ont été abolies par une indépendance acquise en 1804 par les colonisés eux-mêmes, à la différence des autres pays; le problème agraire de ce pays surpeuplé est celui du minifundio .

Partout ailleurs, les latifundios tendaient à monopoliser la terre au début du XXe siècle. La structure agraire ayant été modifiée par des réformes qui se sont multipliées après 1950, ou plus souvent 1960, c’est avant 1950 que l’on put mesurer la diffusion de ces latifundios. En se limitant, quelque peu arbitrairement, aux domaines de plus de 1 000 ha, on peut dresser un tableau révélateur de cette diffusion (cf. tableau).

Certains des latifundios occupent des superficies démesurées: en 1970 encore, une superficie de 100 000 ha n’était pas exceptionnelle. Lorsque la réforme agraire a commencé au Mexique, après la révolution de 1910, il existait deux propriétés de plus de 40 000 km2, chacune plus grande que la Belgique; et en 1953, avant la réforme agraire bolivienne, il existait une propriété à elle seule plus vaste que toutes les petites propriétés du pays, que se partageaient 78 242 familles. La monopolisation du sol par les latifundios ramène les petites propriétés, ou minifundios , à une dimension trop réduite pour une agriculture rentable. En 1940 encore, le recensement des ejidos communautaires que la réforme agraire multipliait depuis 1934, les latifundios de plus de 1 000 ha (qui ne constituaient que 0,8 p. 100 des propriétés privées) monopolisaient 79,4 p. 100 de la superficie, tandis que les propriétés de moins de 5 ha (constituant 76,2 p. 100 du total) se partageaient 1,1 p. 100 de la superficie. Le morcellement des terres, qui avaient échappé aux latifundios , en trop petites exploitations se retrouvait, à un moindre degré, au Brésil, au Pérou, en Colombie, au Venezuela ou en Équateur.

Morcellement peu rentable

Le morcellement des exploitations ne se limite pas aux petites propriétés; la structure «manoriale» qui persiste sur les latifundios divise une grande partie du domaine en très petites exploitations. Nombre de grands propriétaires sont plus riches de terres que de capitaux et beaucoup se soucient moins d’une exploitation productive que du pouvoir politique que peuvent leur assurer la clientèle de nombreux tenanciers ou les perspectives de valorisation promises par une très rapide croissance démographique. Ils ne conservent alors en exploitation directe qu’une partie du domaine, bien souvent celle qu’ils consacrent à un élevage extensif demandant peu de main-d’œuvre, et concèdent le reste, en lots de 3 ou 4 ha, à des tenanciers aussi nombreux que possible, colons au Brésil, inquilinos au Chili, huasipungeros au Pérou, en échange d’une part du produit et de journées de travail très faiblement payées, en échange aussi de leur fidélité au seigneur.

L’utilisation du salariat, le recours au fermage sont les indicateurs d’une modernisation de grands domaines qui ne sont alors plus tout à fait des latifundios. Mais, le fermage à prix d’argent n’est très répandu qu’en Uruguay et en Argentine; quant au salariat, sa part tend à être exagérée, surtout si l’on tient compte des rémunérations dérisoires – quelques centimes souvent – qui viennent récompenser les journées de travail dues à raison de la petite exploitation familiale concédée. Une étude publiée en 1957 par l’Organisation internationale du travail: L’Agriculteur sans terre en Amérique latine , concluait à la prépondérance de la tenure en échange de services ou de produits.

Dans les deux pays les plus urbanisés, République Argentine et Uruguay, en l’absence de pression démographique dans l’agriculture (18 p. 100 de la population active en Argentine et en Uruguay, en 1960), la prédominance du grand domaine ne paraît pas poser de problèmes; ces deux pays sont, d’ailleurs, les seuls en Amérique latine qui n’aient pas entrepris de réforme agraire. Dans les autres pays, la condition des tenanciers était, ou est encore, d’autant plus mauvaise que, comme en Équateur, au Pérou, au Mexique ou dans le nord-est du Brésil, la pression démographique est plus forte dans l’agriculture, mais, même dans les régions de faible densité, où le maître exige parfois fort peu de ses tenanciers, la structure archaïque, qui freine la production du latifundio, est une des causes de la malnutrition; elle perpétue l’isolement et perturbe la vie politique.

Trois grandes réformes ont été opérées par la voie révolutionnaire: depuis 1959 à Cuba, le grand domaine privé a été totalement aboli; en Bolivie, une réforme agraire profonde a été entreprise à partir de 1953; depuis la révolution de 1910 au Mexique, où les latifundios sont divisés soit en petites propriétés privées, soit en ejidos communautaires, la réforme se poursuit progressivement; au Pérou, enfin, la réforme agraire, timidement commencée en 1964, prend une forme révolutionnaire depuis 1969.

Dans presque tous les autres pays, la réforme des latifundios a fait l’objet de lois de réforme agraire après la révolution cubaine (en 1960, Venezuela; en 1961, Costa Rica, Salvador, Colombie; en 1962, République dominicaine, Honduras, Panama, Nicaragua; en 1963, Paraguay, Équateur, Brésil; en 1962 et 1967, Chili).

Ces réformes, qui se heurtent à des résistances et à des difficultés financières, demeurent encore très fragmentaires en 1970, et les latifundios conservent une place importante en Amérique latine.

latifundium, latifundia ou latifundiums nom masculin (latin latifundium) Grand domaine agricole exploité extensivement et de façon archaïque. ● latifundium, latifundia ou latifundiums (difficultés) nom masculin (latin latifundium) Prononciation [&ph96;&ph85;&ph104;&ph93;&ph90;̃&ph88;&ph94;ɔ&ph97;], prononcer -fund- comme fond et -um comme dans album. Orthographe Plur. : des latifundiums ou des latifundia (pluriel savant).

latifundium plur. latifundia
n. m.
d1./d ANTIQ ROM Immense domaine des Romains fortunés.
d2./d Mod. Vaste domaine agricole privé, souvent insuffisamment exploité.

latifundium [latifɔ̃djɔm], plur. latifundia [latifɔ̃dja] n. m.
ÉTYM. Av. 1890, Larousse; latifunde, 1596; mot lat., de latus « large », et fundus « terre, domaine ».
1 Antiq. rom. Grand domaine d'exploitation rurale, dont le développement, en éliminant progressivement la petite propriété, eut de graves conséquences économiques et sociales jusqu'à la chute de l'Empire romain.
2 Mod. Grand domaine agricole, souvent insuffisamment cultivé, appartenant à un particulier ( Latifundiste), à une famille.
0 (…) à la lisière de Fatima, quartier où, dans des baraquements sur pilotis plantés sur le marais, vit la multitude anonyme de ceux qui ont fui le latifundium, nous découvrîmes le dépôt d'ordures de la ville.
Jean Ziegler, Main basse sur l'Afrique, p. 269.
DÉR. Latifundiaire, latifundiste.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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